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L’Estonie, petit pays balte d’1,3 millions d’habitants, ex-république soviétique ayant adhéré à l’UE il y a 20 ans, a toujours été très inquiète des agissements de son grand voisin russe, alertant ses partenaires sur son caractère expansionniste et préconisant depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine la plus grande fermeté vis-à-vis de Vladimir Poutine. Nous recevons aujourd’hui Kersti Kaljulaid, ancienne présidente d’Estonie de 2016 à 2021 qui a été la première femme à occuper ce poste. Elle pourrait aussi être la première à prendre la tête de l’OTAN, l’Alliance atlantique à laquelle son pays a adhéré en 2004 comme 10 ancien pays du bloc communiste.
Le mandat de Jens Stoltenberg au poste de Secrétaire général de l’OTAN se termine le 1er octobre 2023. L’ancienne présidente estonienne a fait acte de candidature pour lui succéder et lui rend hommage : « Il a toujours trouvé le meilleur moyen de renforcer la position de l’OTAN, en écoutant ce que toute l’Europe savait et avait compris, à savoir ce qu’est vraiment le régime de Vladimir Poutine. »
Kersti Kaljulaid se réjouit de l’adhésion de la Finlande à l’OTAN et regrette qu’il y ait un blocage pour la Suède. « Mais tout le monde fait comme si elle était déjà membre », estime-t-elle, avec des entraînements en commun, et elle ne doute pas que cette stratégie, qu’elle voit comme le signe que « les relations entre l’UE et l’OTAN se sont renforcées, particulièrement pendant cette crise », aboutira à l’adhésion du pays à l’organisation.
Elle qui a rencontré Vladimir Poutine en 2019 lorsqu’elle était encore présidente d’Estonie « alors que tout le monde savait qu’il ne voulait pas discuter avec les président des États baltes » regrette qu’il ne soit plus possible maintenant de le faire.
« Une victoire dans la guerre contre la Russie ne signifiera pas un changement de régime en Russie », or ce changement est nécessaire pour elle, tout comme un travail de mémoire sur les crimes, tels que les Allemands l’ont fait après la Seconde Guerre mondiale. « La Russie aura changé quand tout cela sera enseigné dans les écoles et les universités russes » affirme-t-elle dans cet entretien.
Kersti Kaljulaid est en faveur d’une aide sans faille à l’Ukraine car « si on n’aide pas les Ukrainiens avec tout ce qui est nécessaire, les armes qu’ils demandent et des avions des pays occidentaux, c’est comme s’ils combattaient avec une seule main ! ». Elle appelle de ses vœux que cette guerre « ne s’éternise pas », car là-bas, « le temps ne se mesure pas en jours ou en semaines, mais en vies perdues ».
Le gouvernement estonien a interdit aux touristes russes pourvus de visas Schengen d’entrer sur son territoire. Elle justifie cette mesure car « il y a beaucoup de Russes qui fuient la mobilisation militaire vers l’Estonie, tout en soutenant la politique de Poutine » dit-elle, en ajoutant « nous n’en voulons pas chez nous ! ».
Une émission préparée par Isabelle Romero, Sophie Samaille et Perrine Desplats
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