
Publié le :
Londres a ajouté mercredi à son arsenal controversé de lutte contre l’immigration illégale le recours à une barge à quai dans un port anglais pour héberger 500 demandeurs d’asile, afin de réduire les coûts, dissuader les traversées de la Manche et « réduire au minimum les perturbations pour la population locale ».
Le gouvernement britannique a annoncé, mercredi 5 avril, son intention de recourir à une barge à quai dans un port anglais pour héberger 500 demandeurs d’asile.
Dans le sillage de sa promesse « d’arrêter les bateaux » utilisés chaque année par des dizaines de milliers de migrants pour effectuer la dangereuse traversée, le Premier ministre conservateur Rishi Sunak a vanté une solution pour « économiser de l’argent et réduire la pression sur les hôtels ».
Interrogé par les télévisions britanniques, il a mis en avant l’approche « sensée » et « juste » de son gouvernement en matière de lutte contre l’immigration clandestine, qui prévoit aussi d’expulser au Rwanda les migrants arrivés illégalement sur le sol britannique.
Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur a mis en avant une « étape importante » dans cette promesse « d’arrêter les bateaux ».
La barge, nommée « Bibby Stockholm », sera amarrée dans le port de Portland, dans le sud de l’Angleterre, et opérationnelle pendant 18 mois. Elle pourra « héberger environ 500 hommes pendant que leur demande d’asile est examinée », a précisé le Home Office.
Elle offrira des « installations basiques et fonctionnelles », soins et sécurité 24 heures sur 24 à bord, « pour réduire au minimum les perturbations pour la population locale ».
Une solution utilisée aux Pays-Bas et en Écosse
Vertement critiqué pour ce projet récemment évoqué par le secrétaire d’État à l’Immigration Robert Jenrick, le gouvernement souligne que cette solution a été utilisée aux Pays-Bas, mais aussi en Écosse, pour accueillir des réfugiés ukrainiens.
« Le recours à de coûteux hôtels pour héberger ceux qui font des voyages inutiles et dangereux doit cesser », a souligné Robert Jenrick dans un communiqué mercredi. « Nous n’élèverons pas les intérêts des migrants dans l’illégalité au-dessus de ceux des Britanniques que nous sommes élus pour servir ».
« Nous devons utiliser des options d’hébergement alternatives, comme le font nos voisins européens, y compris l’utilisation de barges et ferries pour économiser aux contribuables britanniques de l’argent et empêcher que le Royaume-Uni ne devienne un aimant » pour les demandeurs d’asile, a-t-il développé.
Cette annonce a suscité l’opposition de la collectivité locale concernée et d’associations de défense des droits de l’Homme.
« Confiner des centaines de personnes à l’isolement sur une barge n’est qu’un peu plus du théâtre que le gouvernement a créé pour masquer sa mauvaise gestion patente du système d’asile », a dénoncé Steve Valdez-Symonds, responsable de la section réfugiés et droits des migrants chez Amnesty International UK. Dénonçant la « cruauté » du projet, il a demandé son abandon.
Le directeur du Refugee Council, Enver Solomon, a quant à lui étrillé une initiative « totalement inappropriée », loin d’apporter « le respect, la dignité, le soutien » que méritent les demandeurs d’asile.
Sites militaires désaffectés
Selon le gouvernement, héberger des migrants à l’hôtel coûte six millions de livres sterling par jour (6,84 millions d’euros), 2,3 milliards de livres sterling (2,6 milliards d’euros) par an.
En décembre, le Premier ministre Rishi Sunak a annoncé qu’il voulait réduire de moitié la facture de l’hébergement des demandeurs d’asile.
La semaine dernière, le gouvernement a annoncé que deux sites militaires désaffectés seraient aussi utilisés. Le projet, qui suscite critiques d’associations et inquiétude chez les élus locaux, vise à terme à accueillir des milliers de migrants.
L’an dernier, un nombre record de migrants – plus de 45 000 – a atteint les côtes anglaises en traversant la Manche à bord de petites embarcations..
Avec AFP
Publié en premier sur France24.com : Aller sur France24.com pour en savoir plus.