Magazine Souffle, une bouffée d'air participative en touraine
12 mars 2012

I feel good

T’es baroque, coco !

par Claude

Dans « baroque », il y a « rock ». Il y a « bar », aussi. Ne joue t-on pas du rock dans les bars ? De « l’Ange du bizarre » au génie de l’être-ange, il ne pourrait s’agir que de raisons d’aimer l’art et la musique baroques s’il y avait quelque rapport entre les uns et les autres…

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Bâtir sur du sable, écrire sur le baroque peut consister à parler d’autre chose – vertigineuse facilité ! Le baroque est aussi un art du langage détourné ; la rhétorique, il connaît ! Non comme moyen, mais comme matière même de l’œuvre et il advient donc qu’elle se dissout en elle-même…

La disparition, autre figure du baroque…

Tiens, j’ai envie d’écrire sur le Jazz, si c’est mon sentiment, mon « feeling », que l’on attend sur la question du baroque ! Souvenirs de Jazz… C’est Coltrane dans les années soixante (émission « Pour qui aime le jazz », retransmissions du festival de Juan-les-Pins, concerts à Paris…). Sa violence nous plaisait et nous plaît toujours « ce jeune homme en colère », au son torturé quelquefois, tortueux, intarissable, dont les accords paraissaient s’autogénérer. Une violence brute, immédiate, des sons inouïs, gonflés de sensualité aussi, une rapidité, une attaque incisive qui vous transperce ; et puis une violence plus symbolique, plus « révolutionnaire » ( ?!) en rupture avec ce qui l’a précédée (Concert de Paris 1960, John Coltrane est hué par le public) surtout dans la force du discours musical qui nous emmènera plus tard et déjà au Free Jazz. J’admire toujours cette construction/déconstruction à l’œuvre dans cette musique de Jazz, comme dans certaines œuvres baroques (Bach). Le thème précisément posé de « My favourite things » par Coltrane ou par les lettres du nom de Bach fonctionnant comme des notes (l’Art de la fugue) et qui ouvrent sur une improvisation toujours mouvante et renouvelée ; baroque, quoi !

Je n’aurai garde d’oublier le compte-tenu de la matière de l’instrument, aussi bien chez les musiciens de jazz que chez les musiciens baroques. On entend la matière de l’instrument : l’interprète, le compositeur en jouent, elle fait partie de la musique elle-même (c’est un des grands apports du Free Jazz et du renouvellement de l’interprétation baroque) : le bois de l’anche, le cuivre des trompettes, les peaux et les bois des batteries, le bois, le métal, le boyau (si cela existe encore !) des cordes de la contrebasse, du violoncelle… La vraie Jungle de la musique comme aurait dit Duke Ellington ! Je ne voudrais pas être trop démonstratif, mais il est impossible d’omettre le corps du musicien et de l’auditeur…Il y a là-dedans (où ?) une danse profonde, ça remue de partout les neurones, les nerfs, les muscles, le cœur, le sexe…

Du charnel, du plaisir…

Et bien, la musique baroque, c’est ça et c’est pourquoi je l’aime lorsqu’elle est interprétée selon sa nature. Il y a du charnel, de la sensualité, du plaisir en même temps que de l’austérité et de l’intégrité (jamais d’ennui, à mon avis, ça bouge tout le temps). On est frappé par ce fait en écoutant les suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Il s’agit d’une suite de danses formalisées et stylisées (Allemande, Courante, Sarabande, Gigue, Menuetto) Comme dans certains morceaux de Jazz, l’œuvre baroque présente souvent une suite de variations qui peuvent être assimilées à des formes d’improvisation. D’ailleurs, dans beaucoup de partitions baroques, tout n’est pas noté, il subsiste théoriquement pour l’interprète une possibilité d’improviser (ornementation, rythme, instrumentation…).

Si dans le jazz, le mouvement construction/déconstruction est permanent et fait partie de sa définition, il fonctionne historiquement dans la musique baroque ; il correspond plus ou moins à des périodes où un mouvement artistique se construit (fin XVIème siècle début XVIIème siècle) ou se déconstruit (XVIIIème siècle) : Schütz, Telemann, Purcell, Monteverdi, Couperin, Strozzi… Comme on le voit, il s’agit d’un mouvement d’ampleur européenne.

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Du baroque partout !

Cette instabilité, cette hésitation parfois qui définissent le baroque on va les trouver chez Rubens avec ses Angelots/Amours dodus et érotiques, charnels, tourbillonnant dans des volutes vaporeuses et voluptueuses (« La fête de vénus »), certaines positions ne sont en conformité ni avec le bon goût classique ni avec notre légalisme contemporain mais elles manifestent un bel amour de la chair. Comme cet amour de la chair est là, aussi, dans le grincement des cordes d’un violoncelle, d’une viole de gambe, d’un violon (sonates et partitas de Bach), de l’anche d’un saxophone (Archie Shepp, Pharoah Sanders).

L’imperfection sied à la beauté ! C’est ce qu’exprime Don Juan lorsqu’il prend les mains d’une petite paysanne qu’il séduit. Ce monstre séducteur n’est-il pas un personnage baroque ? Son serviteur nous dit : « Un grand seigneur méchant homme est une terrible chose »… Mais quel est notre regard sur ce personnage… baroque (étrange) comme est baroque cette pièce qui est à la fois une comédie (critique d’une société, personnages drôles comme M. Dimanche) et une tragédie : le doigt du destin pèse sur Don Juan dès le début de la pièce jusqu’à ce qu’il soit entraîné vers les Enfers ?

Qu’est-ce que je veux dire sur la musique baroque et mon goût pour celle-ci ? (Goût non exclusif) Qu’elle est complexité ? Art du Vrai et du Faux ? Miroir, non pas de la réalité mais de la sensibilité alliée à l’intelligence et au corps. Cet art nous intéresse parce qu’il s’intéresse à nous, il n’est pas figé dans des formes anciennes (qui existent et qui sont belles) mais il continue à évoluer et à être créatif.

Le baroque à Tours

En Touraine nous avons la chance qu’un grand nombre de groupes travaillant sur des musiques anciennes ou baroques se produisent. Pour ce qui me concerne, ils ont puissamment contribué à me faire aimer cette musique (Conservatoire de Tours, EVUT, Ensemble Jacques Moderne, Ensemble Philidor, Ensemble Diabolus in Musica, Ensemble Consonance…) et je les remercie de leur action et du plaisir qu’ils nous ont donné depuis des années.

Pour ma part, j’ai décidé de travailler avec le groupe Consonance dont la direction artistique est assurée par François Bazola. J’aimerai signaler que ces groupes de musique sont composés de professionnels de haut niveau artistique et de bénévoles qui leur permettent d’exister et de se produire. Cette conjonction me paraît heureuse et il nous faut travailler à la maintenir pour que Tours et la Touraine soient des lieux actifs de la culture musicale.

Ensemble Consonance
55, rue Mirabeau, 37000 Tours
+33 (0) 607173771
fbazola@club-internet.fr


Un commentaire pour “I feel good”

  1. Souffle 2.0 Mars 2012 at Souffle Magazine le 17 mars 2012, 15 h 07 min

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Souffle Magazine.