Magazine Souffle, une bouffée d'air participative en touraine
6 février 2012

Interview


Gilles Luneau, rédacteur en chef de “Global magazine” :
“la normalisation de l’info passe surtout par le marketing”.

Un nouveau webmag est né il y a quelques mois. “Global magazine”, adepte de la “slow info”, prend le temps de l’enquête et de l’analyse en profondeur en veillant jalousement à son indépendance par un mode de financement original. Son rédacteur en chef Gilles Luneau habite en Touraine. Nous l’avons rencontré…

Propos receuillis par Florian Mons

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Pouvez-vous présenter GLOBALmagazine en quelques mots ?

C’est un nouveau magazine en ligne depuis novembre 2011. Il est axé sur la géopolitique, la société, la culture, la lutte contre la censure et le politiquement correct. Le tout sur fond d’alerte écologique planétaire (sans catastrophisme), tout en gardant la distance et l’humour qu’il sied pour continuer à (bien) vivre. Aucune prétention à l’exhaustivité, ni à la couverture de l’information quotidienne. L’idée maitresse est de sortir l’information de la dictature de l’instant, pour prendre le temps de réfléchir… et Global offre l’espace pour en rendre compte. On lance le concept de slow-info (en accord et avec le soutien de Carlo Petrini, le père de slow-food). Donc de l’enquête, des dossiers, de l’investigation, des mises en perspective. On ose tenter de ralentir le web. La parution est mensuelle mais on ne s’interdit pas de publier des informations plus fréquemment, on a d’ailleurs plusieurs parties du journal pour réagir à l’actualité en cas de besoin.

Vous parlez de lutte contre la censure et l’autocensure, qu’entendez-vous par là ?

Tous les journalistes sont confrontés à la censure. Je ne parle pas de la non-publication d’un article parce qu’il a perdu, pour une raison ou une autre, de sa pertinence ou parce qu’il n’est pas bien écrit. Je parle de la non parution parce que son contenu dérange quelqu’un ou des intérêts particuliers. Quand j’ai débuté dans le métier, sous l’ère gaulliste, les journaux rendaient très peu compte des mouvements sociaux et de la contestation de la société. A l’époque, j’ai fait partie de l’équipe qui a créé l’Agence de presse Libération pour desserrer cet étau de la censure. Quarante ans plus tard, force est de constater qu’il faut se mobiliser à nouveau. Certes, il n’y a plus de censure comme à cette époque, avec saisie des journaux. La normalisation de l’information passe surtout par le marketing, la pression économique et le politiquement correct. Cela coûte son indépendance sinon au journalisme pour le moins aux journaux. Donc, Global ouvre une fenêtre pour donner de l’air aux confrères et publier leurs articles non parus.

Que peut-on lire dans Globalmagazine ?

Pleins d’informations ! Et quatre grands rendez-vous : un dossier qui peut concerner n’importe quel sujet dans n’importe quel domaine, mais qui exige de la place pour en éclairer la complexité : par exemple le bilan du Grenelle de l’environnement. Le second rendez-vous mensuel est géopolitique : chaque mois on décortique une situation internationale qui nous semble le mériter ; ce peut être très ancré dans la géographie comme les projets de doublement du canal de Panama ou plus globalisé comme la carte mondiale que nous avons dressé et commenté du mouvement des indignés. Le troisième grand rendez-vous est avec le photojournalisme. Un portfolio sur un sujet donné, commenté par son auteur. Enfin, il y a l’espace ouvert à la réflexion sur la nécessaire mutation de la société, sur la rupture de civilisation en cours. Je complèterai rapidement en disant qu’il y a plein d’autres choses dont on sait déjà qu’elles plaisent beaucoup, comme la Minute de botanique, les Carnets de route de la rédaction, les dessins car l’humour et le mauvais esprit nous semblent indispensables. On aime bien le concept de rire de résistance.

Le magazine est-il interactif, les internautes peuvent-ils réagir aux articles comme sur les sites des autres médias ?

Oui et non. Créateur de la slow-info, Global revendique de prendre son temps. Nous ne voulons pas d’interactivité électronique immédiate. Très majoritairement, le type de commentaires qu’elle suscite sont à classer dans les réactions épidermiques, les monologues idéologiques ou les « moi, je et le monde ». Sans parler des propos qui relèvent de l’égout. Nous proposons donc de s’en tenir à la bonne vieille méthode du courrier des lecteurs. La seconde façon d’intervenir dans le contenu du journal est l’agora des abonnés : elle fonctionne en direct, comme un chat ou un mur, avec plusieurs rubriques. C’est un lieu de partage d’infos, de petites annonces, de conseils pratiques etc…

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Gilles Luneau (à gauche) et Carlo Petrini, fondateur du mouvement “Slow food” lors d’un échange public au salon Eurogusto à Tours le 18 novembre 2011 (photo : F. Mons)

Vous parlez d’abonnés, c’est votre mode de financement ?

Oui, mais sur un mode singulier. Le modèle économique de Global est original et pionnier en France. Pour sortir des pressions économiques, pour en finir avec l’information-marchandise, nous construisons une fondation. Une véritable organisation non commerciale de l’information. A l’inverse d’aujourd’hui, avec une fondation, donc détachée du profit immédiat, la recherche et la production d’information ne sont pas tributaires de la masse d’argent qu’elle peuvent rapporter (en vente, en publicité). On peut sans compter déplaire à tout le monde.

Vous avez donc réuni un capital…

Nous avons démarré Global sans aucun argent. Rien d’autre que ce que la trentaine de personnes mobilisées par l’aventure sacrifie pour travailler en payant de sa poche. Nous faisons le pari d’avoir suffisamment d’abonnés, pour petit à petit nous rétribuer. Nous innovons aussi dans l’option d’un abonnement relativement bon marché et définitif : pour 80 euros vous êtes abonnés définitivement. Cet argent va pour 90% constituer le capital de la fondation, les 10% restant allant au fonctionnement. Et comme toute fondation, nous allons chercher des dons, des legs. Abonnements et dons (déductibles des impôts sur le revenu).

Certes votre modèle est original mais vous rompez la culture de gratuité de l’internet ?

Oui, sans état d’âme car qui peut prétendre être informé sans payer des journalistes pour aller voir ce qui se passe quelque part, pour fouiner, enquêter, douter, vérifier des faits ? Un moment ou un autre, il faut quand même réaliser que ce qui est gratuit ne l’a pas été pour tout le monde, ou bien on vous le fait payer autrement ou bien, et c’est là le pire, vous n’avez pas accès à toutes les autres informations importantes. L’information gratuite, c’est vrai pour le web comme pour le papier, vous fait vivre dans un monde choisi par l’éditeur du média sur des critères économiques. A terme, vous pouvez vivre alors dans un monde en toc sans soupçonner l’existence du réel.

Avez-vous défini le profil de votre lectorat ?

C’est toujours difficile à cerner. Mais comme tout journaliste, en écrivant on pense au lecteur. Nous l’imaginons citoyenne, citoyen. Engagé dans la vie sociale, associative, syndicale. Consommatrice, consommateur de l’information de surface (radio, quotidiens) cherchant un média qui met en perspective, qui relie les faits devant l’être, qui questionne le monde. Quelqu’un ou quelqu’une qui apprécie d’être bousculé par une information dans son savoir, ses croyances, ses idées. Ce peut être aussi une personne professionnellement très investie et qui veut un média de référence où elle va trouver ce qu’il faut savoir sur des sujets essentiels. C’est le rôle de nos archives, accessibles aux abonnés. On imagine donc le lectorat un peu à l’image de l’équipe du journal : à partir de 21 ans, sans limite d’âge, tous furieusement curieux et aimant plus que tout être surpris, voire dérangés, par la réalité des hommes.

Parlez-nous un peu de l’équipe de Globalmagazine ?

Elle est superbe ! Elle réunit des personnes de tous âges venant de la presse écrite et audiovisuelle. Journalistes, photographes, vidéastes, dessinateurs, cartographes, documentalistes, secrétaire de rédaction … Pour partie des pigistes, pour partie des salariés dans d’autres médias. Nous avons un Comité de veille dont sont déjà membres, Miguel Benasayag, Rony Brauman, Geneviève Fraisse, Merri Jolivet, Véronique Nahoum-Grappe, Carlo Petrini, Jean-Claude Vernier, Sophie Wahnich. Il a un rôle d’alerte sur des sujets, sur des questions philosophiques et morales. Chacun de ses membres participe à son gré, à son rythme, à la vie intellectuelle du journal.

Quel a été votre parcours personnel ?

J’ai débuté dans le métier en 1970, avec l’équipe qui a créé l’hebdomadaire J’accuse. Au comité de rédaction, il y avait Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Michel Lebris, Christian Jambet, Benny Levy, Jean Rolin, Jean-Claude Milner, Blandine Jeanson, Jean-Luc Godart, Jacques-Alain Miller, André Glucksmann, Francis Bueb, Robert Linhart … je me faisais tout petit et j’écoutais. Puis, j’ai participé à la naissance de l’Agence de presse Libération, sous les conseils éclairés de Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Après, j’ai mené une carrière d’indépendant, d’abord comme reporter photographe puis comme grand reporter. Parfois en faisant les deux, ce qui n’est pas toujours bien vu en France. J’ai déposé mes photos à Gamma, Sygma, Cedri puis à l’agence VU. A l’écrit, j’ai collaboré avec nombre de grands titres de la presse française – Libération, le Canard enchainé, l’Express, L’Evènement du jeudi, Marianne, Challenges, VSD, Paris-Match, Ca m’intéresse, 60 millions de consommateurs – suivi par une longue collaboration avec le Nouvel Observateur et Géo. Passée une période de correspondant de guerre (Afghanistan, Liban), j’ai plus particulièrement suivi trois domaines: l’Amérique latine, le monde chiite, notamment iranien, et la problématique des relations homme-nature, de l’agriculture à la prise en compte des questions écologiques. Parallèlement, j’ai commis quelques livres et des documentaires.


Un commentaire pour “Interview”

  1. Souffle 2.0 at Souffle Magazine le 9 février 2012, 10 h 13 min

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