Souffle Magazine.
La mer, sans arrêt…
- Interview -
Katell Lejeune anime l’association « Les sardines à l’huile » à Tours, où elle donne des cours de peinture. Mais c’est son travail et ses recherches personnelles qui on attiré notre attention, parce que le local de la rue Chanoineau est à lui seul un carnet de voyage. La mer, Katell la connait bien. Archipels et profondeurs n’ont plus de secrets pour elle et ses tableaux racontent cette relation permanente avec le monde océanique. Plongeon.
D’où viens-tu ?
Je viens du milieu maritime. Je suis fille de marin et de dessinatrice. Je suis même marin qualifié, diplômée de la marine marchande. J’ai travaillé sur un bateau aux Antilles pendant deux hivers.
Et artistiquement ?
J’ai d’abord travaillé dans l’Education populaire, puis j’ai fait une école d’arts appliqués. J’ai travaillé dans une boîte de com’ en tant que graphiste, mais l’outil informatique ne me convenait pas. J’avais envie d’être en contact avec la matière. A mon retour des Antilles, j’ai donné des cours dans un atelier à La Rochelle, puis j’ai décidé de monter un atelier.
La mer, ça devient quoi dans tes tableaux ?
Ma première exploration picturale viens de mon expérience de la plongée sous marine. J’ai eu envie de peindre des poissons, ce que j’ai fait avec une série que j’ai intitulée « Tobago Cays », du nom d’un petit archipel des Antilles où je suis passée. C’était d’abord une technique très simple, très graphique, puis un travail plus conséquent sur la matière, avec une superposition de couches. Ce travail sur la matière, je l’ai ensuite utilisé pour peindre des coques de bateaux, dont j’ai fait une autre série, « Madinina », du nom créole de La Martinique, dans laquelle chacun des tableaux a pour titre une coordonnée géographique. J’ai aussi utilisé des vrais morceaux de coque de bateaux et du bois flotté pour faire des compositions, à cause de leurs couleurs et des histoires qu’elles racontent implicitement. Avant tout ça, j’ai réalisé une série de motifs océaniens, qui viennent de la culture surf et issus de mes rêveries sur les plages de Vendée, quand je ne pouvais pas encore voyager. J’y mettais cette énergie marine impulsive, un peu à la manière d’une écriture automatique ou plutôt d’une écriture/trace. Pour moi, c’était un « swell », une houle…
Quel travaux plus récents ?
J’ai fait récemment une série de portraits de voyageurs imaginaires, en revenant d’avantage au dessin. Je me sers de photos diverses de visages que je ne connais pas et que je retiens parce qu’ils m’évoquent des voyageurs. Ils sont en pleine réflexion, ou concentrés, je leur prête un certain vague à l’âme… C’est sans doute la frustration du voyage qui m’a fait faire ces portraits. Ils pourraient être moi, finalement.
Quels sont les artistes qui t’ont donné envie de peindre ?
D’abord, bien sur, le marin dessinateur Titouan Lamazou, mais aussi la carnettiste Sophie Ladame, les récits des écrivains voyageurs comme Henry de Monfreid. Et puis, il y a Hugo Pratt ou encore Picasso, pour sa pulsion graphique permanente.
Tu voyages toujours ?
Oui, bien que plus sédentaire maintenant, je suis toujours en mouvement. Je rapporte de ces petits voyages des souvenirs dont je fais des tableaux, comme « Barcelone », « Grenade », « Marseille ». Quand je suis en voyage, j’écris plus que je ne peins. Je me remplis puis je m’éloigne et je peins, c’est comme un mouvement de marée…
Le blog de Katell Lejeune : http://katell.over-blog.org/
Le blog des Sardines à l’huile : http://sardinesalhuile.over-blog.com/
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