Souffle à Copenhague!
Non, le petit mag tourangeau n’a pas été partie dans les négociations, en tant que média représentatif d’un état d’esprit non réchauffeur de climat…mais deux exemplaires de Souffle sont bien allés jusqu’à Copenhague, dans les sacs à dos de militants français, à qui j’avais donné un peu de lecture durant le voyage en train. Car il en fallait pour ce périple…de vingt heures!
De retour à Tours, on me dit qu’il faut que je raconte ça dans Souffle! Comme c’est vraiment l’actu, je me dis qu’autant partager ça sur le blog! Voici donc le récit de ce week-end:
Vendredi, rendez-vous à 8h à la Gare du Nord; trois points d’accueil (Urgence Climat Justice Sociale, les Amis de la Terre et Ultimatum climatique)… je me demande si cela va refléter trois positionnements différents et si peut-être il y aura des tensions… on part tout de même pour une quinzaine d’heures de voyage annoncées (et ça sera plutôt vingt en réalité!) et trois jours ensemble.
On nous distribue des ponchos bleus et vers 8h45, les trois masses bleues se rejoignent pour former la première marée qui se répartit dans le train. Nous sommes 400 et c’est fort. Pas mal de journalistes sont là pour filmer, ça motive bien.
Première étape rapide: Paris-Bruxelles en Thalys. Là (si j’ai bien compris) 400 autres militants, belges principalement, nous ont rejoints pour l’embarquement dans le vrai train spécial: nous y passerons une dizaine d’heures, jusqu’à la frontière danoise; il comporte un wagon cuisine, des bidons de bière bio belge, et une radio diffusée dans le train, où les différentes orgas se relaieront tout au long du trajet!
L’ambiance est énorme, tout le monde discute, on dirait que les 800 sont sur la même longueur d’onde, et pourtant le spectre est large: Verts, Parti de Gauche, LCR, les Alternatifs, Décroissant-e-s, Greenpeace, Attac, Les Amis de la Terre, Bizi, Oxfam, WWF, Réseau Climat…
Je suis vraiment contente de l’ambiance et de l’état d’esprit général, c’est-à-dire que le train est rempli de vrais militants, concernés, informés, prêts à débattre, motivés! Pas comme au Camp Action Climat de cet été où personnellement j’avais été déçue de la population un peu trop excitée et peu dans l’échange selon mon appréciation.
A 15h, on dévore enfin notre repas végétarien servi aux sièges: un délice! Le temps passe vite à papoter avec les uns les autres; on se fait interviewer sur nos attentes concernant le sommet, par un militant belge du « Journal indépendant et militant ».
Vers 22h, changement de train et vérification rapide des passeports. Encore une fois, le train suivant nous attend, on est bluffés par l’organisation! Vers 1h nous arrivons à Copenhague…et après encore un peu de métro et de marche dans le froid, c’est vers 3h que nous trouvons enfin l’école dans laquelle nous dormirons… deux heures!
Samedi matin, on renfile les ponchos pour aller former une grande marée de militants de tous les continents. Nous essayons de comprendre les slogans en anglais…ah ok: « No offsetting, climate justice !» et « What do we want? Climate Justice! When do we want it? Now! ».
Et l’après-midi, c’est la grande manif, qui comptera 100 000 personnes.
Je croise Rémi, qui me raconte ses déboires avec le car des Désobéissants; nous retrouvons un ami rouennais qui arrive juste d’un trajet en car de 24 heures, du fait de contrôles un peu longs aux frontières…
C’est très coloré des bannières des orgas du monde entier, l’ambiance est très festive, beaucoup ont fait joué leur imagination avec des déguisements, des fausses manifs de riches, des banderoles illustrées…
On remarque que les slogans sont surtout politiques et globaux, tels que « Change the system, not the climate »; « Change the politics, not the climate », « Bla bla bla… Act now! »; « Planet, not profit ».
C’est émouvant de rencontrer des gens venus des Philippines, d’Amérique du Sud, d’Italie… et aussi de croiser beaucoup de français, notamment José Bové!
Il y a aussi pas mal de slogans anti-viande, d’ailleurs c’était un sujet de débat central dans le train… je me dis qu’il est urgent d’ouvrir ce débat localement et que pour que l’humanité subsiste il faudra changer profondément notre mode de vie, même dans ses dimensions culturelles les plus difficilement modifiables.
Sur le parcours, une scène frappante: une rangée de CRS casqués protègent un Mc Donald, vide, fermé par peur de casse. L’image est drôle. Mais j’ai comme pitié de ces soldats du capitalisme: je me demande quel peut bien être le sens de cette mission pour eux…
Un indien, seul, dénote avec sa pancarte du genre « no other world without spirituality »; ma première réaction est agacée, je le trouve prosélyte et hors-sujet. Et puis, après discussion, je comprends qu’il n’a pas faux dans le sens où la société de consommation est victime du primat des besoins matériels et de confort et que certainement, nous devrions, sans tomber dans l’excès de mysticisme et de retrait de la société, nous inspirer des philosophies orientales pour pouvoir trouver la force de vivre plus frugalement.
La fin de la manif est un peu frustrante, nous nous arrêtons à environ 500 mètres du Bella Center, lieu des négociations; un concert est proposé mais nous sommes frigorifiés après des heures de marche dans le froid (et deux heures de sommeil)… les milliers de manifestants se dirigent ensemble vers la station de métro la plus proche; toutes les 10 minutes, une cinquantaine peut passer…on en peut plus, heureusement les métallos belges mettent un peu d’ambiance en chantant « Bella Ciao » à plein poumons. Enfin, nous réussissons à monter et rejoindre le Klimaforum, lieu du contre-sommet, où nous faisons le tour des stands et nous rassasions.
Dimanche, on se prépare tranquillement et on étudie le programme des conférences, pour en fait aller prendre un thé puis une succulente soupe à la People’s Kitchen: une cuisine faite maison avec des bons produits, prix libre, de la vaisselle récupérée, et des bacs d’eau chaude pour que chacun se lave son assiette! On tente d’aller voir la Petite Sirène mais à la sortie du métro on trouve des camions de CRS partout et on préfère rebrousser chemin car nous repartons dans une heure. On croise un groupe de « black blocks » âgés de pas plus de 16 ans à vue d’oeil et on se dit que c’est bien dommage que les médias les mettent au premier plan de la couverture des manifs…
C’est reparti dans l’autre sens, direction chez nous, à 15h20 exactement, les danois sont impressionnants d’ordre, et de propreté d’ailleurs!! L’ambiance dans le train est toujours excellente, on a perdu personne et tout le monde est heureux du week-end. Par contre cette fois c’est moins drôle, on passe la nuit dans le train et les sièges belges ne sont pas du plus grand confort…heureusement le réveil à 6 heures est motivant car nous arrivons à Bruxelles et profitons de trois heures de battement pour aller faire un tour dans le centre-ville et y prendre un bon petit déj! Et fin en beauté pour Bruxelles-Paris, le dernier tronçon du parcours collectif, en Thalys première classe, avec Figaro et thé gracieusement offerts!
De retour chez moi à 18h, je suis épuisée mais ravie d’avoir participé à cette expérience, tant pour l’aspect militant qu’au plan personnel, car ce voyage très lent m’a permis de vivre autrement pour quelques jours (pas de course à la montre, peu de matériel, une alimentation saine et en quantité non excessive, une dépense physique importante), dans un sens qui est probablement celui vers lequel il faut tendre pour changer le rapport de l’humain à la planète.
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http://www.lejim.info/spip/spip.php?article70
C’était un plaisir que de faire ces interviews