Magazine Souffle, une bouffée d'air participative en touraine
7 février 2012

Souffle 2.0

C’est encore nous ! Réfugiés depuis plusieurs mois sur le net faute de subsides pour pouvoir continuer à éditer une version papier, nous avons dû renoncer à la belle maquette de Thibault Chignaguet et nous avons posté jusqu’à présent quelques sujets un peu à la volée. Désormais, nous vous proposerons une livraison mensuelle de cette nouvelle formule web.

Souffle entend rester cette bouffée d’air participative en Touraine, ce média indépendant local qui récolte les expériences, les savoir-faire, les témoignages et les fait partager, parce que ces expériences, qui ne feront jamais les gros titres, sont pour nous au moins aussi importantes qu’une manchette sur le furoncle aux fesses de tel ou tel “people” ou les “petites phrases” vides de sens de tel ou tel candidat à la présidentielle.

Qu’on en juge avec le sommaire de cette première livraison : une rubrique Funk dessinée, vous en avez vu beaucoup dans Valeurs actuelles ? Une interview du redac’ chef d’un webmag indépendant, vous en avez lu beaucoup dans Tours Madame ? Une interview d’un sans papier arménien, vous en avez lu beaucoup dans Présent ? Un sujet vidéo sur un graveur, vous en avez vu beaucoup dans Les Echos ? Non, bon.

Et vous n’avez encore rien vu : nous préparons déjà la deuxième livraison de “Souffle 2.0″. Alors nous attendons vos propositions et vos contributions de pied ferme. A tout de suite.

Sommaire !

Musikronik. Les conseils funk de François.

Souffle-moi dans l’oeil ! Jean-François Souchard, passionné de Loire.

On n’a qu’UNE planète ! Les générations futures sont déjà là.

Interview. Gilles Luneau, rédacteur en chef de “Global magazine” :
“la normalisation de l’info passe surtout par le marketing”.

Des tourangeaux qui ont fait du chemin ! Achram, sans papiers : “Ne nous oubliez pas…”

Un film-Souffle ! “Tous au Larzac”.

Rencontre avec Philippe Dessein, graveur.

6 février 2012

On n’a qu’UNE planète !

On reprend la rubrique écolo sous le signe de la jeunesse, du collectif et de la créativité… Avec les jeunes filles des Echos d’la Terre”, l’engagement va de soi et est synonyme d’amitié et d’épanouissement. On aurait bien envie d’avoir à nouveau 14 ans et de passer la récré avec elles !

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- Tout d’abord est-ce que vous pouvez vous présenter?

Nous sommes « Les échos d’la Terre », une junior association, nous fabriquons toutes sortes de produits comme des sacs, des porte-monnaies, des affiches avec des messages écologiques dessus, des vide-poches, etc. Le matériel que nous utilisons est essentiellement recyclé, par exemple nous récupérons tous les tissus, boutons, fils, laines, dont vous ne voulez plus.
Sur le blog, vous pouvez trouver tous nos articles et notre actualité : http://echosdlaterre.over-blog.com. Et pour nous contacter appelez le 06 31 46 42 41 ou écrivez-nous à echosdlaterre@hotmail.fr.
Lorsque nous récoltons de l’argent sur des ventes, la moitié est reversée à une association écologique de préférence locale, pour favoriser les petites associations qui ont besoin de moyens, mais nous pouvons aussi dans le futur, reverser cet argent à des associations humanitaires ou culturelles.
Nous sommes partantes pour toutes actions (dans le département d’Indre-et-Loire de préférence), donc si vous pensez avoir besoin de nous pour une action écologique, humanitaire et culturelle, nous serions heureux d’y participer !

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- Comment l’idée est née, comment vous êtes-vous développés, quels sont vos projets ?

L’idée est en fait un rêve d’enfant entre Jeanne et Anouk. Après des années d’idées folles, la première affiche naquit. Puis tout se déroula assez vite, une rencontre un an plus tard avec Camille concrétisa ces initiatives. Très rapidement Noémie et Zéline firent leur entrée dans le petit groupe. Nous commençâmes à faire des sacs grâce à la brillante idée de Camille, et les affiches avec des slogans plutôt marrants émerveillèrent nos proches, et sur leurs conseils nous les mirent en vente.
Puis chacun, avec ses petites idées, diversifia les produits, et avec les ventes au Velpo Market qui s’avérèrent très encourageantes, nous décidâmes de créer une junior association. Avec cette dernière vente, la Nouvelle République a fait un article sur nous ; depuis, les appels pour donner les tissus sont de plus en plus fréquents. Caroline s’est récemment ajoutée à notre petite bande et de temps à autres quelques filles viennent nous aider.
Maintenant nos projets sont plus vastes, l’association CLCV (« Consommation Logement Cadre de vie ») nous a proposé de participer à une action sur l’eau avec eux et d’avoir un stand ! Nous continuons à faire nos articles, mais après conseils de certains clients nous allons faire des doublures sur quelques sacs. Nous pensons aussi participer à des actions locales pour l’environnement, par exemple le nettoyage des rives du Cher, etc. Nous en avons trouvé quelques-unes, nous aviserons…

- Quel est le message que vous souhaitez faire passer ?

Le message est déjà d’ouvrir les yeux sur le monde réel, ça fait mal, tout le monde évite le sujet, la plupart des gens ne se sentent pas atteints par les dégâts environnementaux et se disent que d’autres n’ont bien que cela à faire de régler ces défaillances « superflues ». Mais si tout le monde dit cela, personne ne s’en occupera. D’autre part, un autre message est sous-entendu : nous avons à peu près toutes 14 ans, et nous essayons à notre échelle de faire quelque chose, donc pourquoi les personne très influentes sur le monde ne feraient-elles pas de même ? Une grosse partie des gens nous dirons que nous sommes trop petites pour comprendre, or ils oublient qu’il existe quelques personnes, quelques associations qui essayent de faire bouger les choses. Si eux y arrivent, tout le monde, avec la force de la volonté, peut y arriver !

- Quelle est la cause écologique qui vous touche le plus ?

La cause écologique qui nous touche le plus est peut-être l’eau, et aussi la déforestation. Nous sommes aussi très touchées par la biodiversité, et la disparition de certaines espèces suite à la dégradation de l’environnement. Cependant, nous ne connaissons sûrement pas toutes les causes urgentes écologiques à sauver.

- Vous pensez que de petites initiatives peuvent changer les choses en s’additionnant ?

Pour ma part j’en suis persuadée ! Il y a une petite histoire qui m’a marquée quand j’étais petite, je vais essayer de vous la résumer : « Dans une forêt, tous les animaux étaient à leurs places, la vie sauvage ne pouvait être plus tranquille. Mais un jour un incendie d’une envergure inimaginable s’est abattu sur cette paisible forêt. Tous les animaux se sont enfuis à l’extérieur de la forêt formant un groupe terrorisé. Un petit oiseau, pas plus grand qu’une pomme plongea dans la rivière d’à côté pris le plus de goûtes d’eau qu’il put dans son bec et alla les déverser au dessus de l’incendie, au bout de quelque tour un des animaux traduit leur penser a tous :
_ Petit, viens ici, ce que tu fais est vain, tu vois bien que ce n’est pas avec trois goûtes d’eau que tu éteindras l’incendie !!
L’oiseau ce posa calmement et leur dit :
_ Je sais que ce n’es t rien, mais si vous faisiez tous comme moi, le feu serait éteint depuis longtemps !
_… »
Les adultes devraient parfois lire attentivement les histoires des enfants.

- Les jeunes de votre âge sont rarement engagé-e-s et plutôt tenté-e-s par la découverte des joies de la consommation, quel est le regard de vos camarades sur votre activité ? Est-ce que vous essayez de les convaincre qu’il est nécessaire de faire quelque chose pour la planète ?

L’écologie au collège a déjà une mauvaise connotation, peut-être que cela fait trop adulte, ou trop sérieux, donc comme nous ne voulons pas que cela soit pire, nous n’essayons pas de les convaincre, mais des fois lorsque nous sommes dans la cour et que nous travaillons pour l’association, des amis ou des curieux viennent nous voir et nous aident, on rigole, et là je suis presque sûre que l’écologie remonte dans leur estime. Il ne faut pas obliger les gens à penser que l’écologie c’est bien, sinon ils ont envie de penser le contraire, et puis on dirait un peu une dictature après !

- Est-ce que vous envisagez de travailler plus tard dans le domaine de l’écologie ?

Pour ma part, ce n’est pas exclu ; les autres ont déjà quelques idées en tête qui ne traitent pas de ce domaine, mais personne ne peut savoir ce que la vie nous réserve.

- Pour terminer, qu’est-ce qui vous donne espoir pour la planète malgré tous les désastres actuels ?

Ce qui nous donne espoir c’est rencontrer des enfants ou adolescents qui feraient tout pour faire quelque chose pour la planète ; ce qui nous donne espoir ce sont les actions des grandes associations comme Greenpeace, WWF, etc ; ce qui nous donne espoir, c’est que le regard de certaines personnes change et que des système sont en train de ce mettre en marche ; ce qui nous donne espoir enfin c’est que nous avons notre vie devant nous pour faire changer les choses !

6 février 2012

Souffle-moi dans l’oeil - 3

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Passionné par la photographie et la nature avec une prédilection pour les milieux aquatiques, c’est tout naturellement que la photographie animalière et de nature s’est imposée dans la vie de Jean-François Souchard. Habitant des bords de Loire, et follement passionné par ce fleuve dès les premiers pas dans le sable - un véritable coup de foudre - ce dernier est rapidement devenu un sujet d’importance tant d’un point de vue animalier que paysager, humain et patrimonial.

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Après avoir abandonné la région pour poursuivre ses études au Québec, la Loire le ramène en Touraine ou il débute une thèse de géographie sur une problématique… ligérienne ! C’est en 2000 qu’il raccroche la recherche pour créer son entreprise spécialisée dans l’image (photographie, cartographie, création multimédia). Si à ses débuts, la photographie représentait une petite part de son activité professionnelle, le secteur photographie se développe doucement mais sûrement !

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Outre les publications “ligériennes”, ce photographe collabore avec des magazines spécialisés dans les milieux aquatiques et notamment sportifs, il travaille également avec la presse et l’édition nationale française et étrangère et il aime présenter ses photographies au grand public sous formes d’expositions. Ses photographies et son travail sont diffusés sur son site internet (grand public et serveur), véritable agence dédiée à la Loire, ainsi que par l’agence Bios.

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Sa dernière publication majeure et récente (juillet 2011) est “La Loire vue du Fleuve”, un guide de randonnée nautique du Puy-en-Velay à l’océan.

Images de Loire
Jean-François SOUCHARD
www.ImagesdeLoire.fr
jfsouchard@imagesdeloire.fr

6 février 2012

Interview


Gilles Luneau, rédacteur en chef de “Global magazine” :
“la normalisation de l’info passe surtout par le marketing”.

Un nouveau webmag est né il y a quelques mois. “Global magazine”, adepte de la “slow info”, prend le temps de l’enquête et de l’analyse en profondeur en veillant jalousement à son indépendance par un mode de financement original. Son rédacteur en chef Gilles Luneau habite en Touraine. Nous l’avons rencontré…

Propos receuillis par Florian Mons

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Pouvez-vous présenter GLOBALmagazine en quelques mots ?

C’est un nouveau magazine en ligne depuis novembre 2011. Il est axé sur la géopolitique, la société, la culture, la lutte contre la censure et le politiquement correct. Le tout sur fond d’alerte écologique planétaire (sans catastrophisme), tout en gardant la distance et l’humour qu’il sied pour continuer à (bien) vivre. Aucune prétention à l’exhaustivité, ni à la couverture de l’information quotidienne. L’idée maitresse est de sortir l’information de la dictature de l’instant, pour prendre le temps de réfléchir… et Global offre l’espace pour en rendre compte. On lance le concept de slow-info (en accord et avec le soutien de Carlo Petrini, le père de slow-food). Donc de l’enquête, des dossiers, de l’investigation, des mises en perspective. On ose tenter de ralentir le web. La parution est mensuelle mais on ne s’interdit pas de publier des informations plus fréquemment, on a d’ailleurs plusieurs parties du journal pour réagir à l’actualité en cas de besoin.

Vous parlez de lutte contre la censure et l’autocensure, qu’entendez-vous par là ?

Tous les journalistes sont confrontés à la censure. Je ne parle pas de la non-publication d’un article parce qu’il a perdu, pour une raison ou une autre, de sa pertinence ou parce qu’il n’est pas bien écrit. Je parle de la non parution parce que son contenu dérange quelqu’un ou des intérêts particuliers. Quand j’ai débuté dans le métier, sous l’ère gaulliste, les journaux rendaient très peu compte des mouvements sociaux et de la contestation de la société. A l’époque, j’ai fait partie de l’équipe qui a créé l’Agence de presse Libération pour desserrer cet étau de la censure. Quarante ans plus tard, force est de constater qu’il faut se mobiliser à nouveau. Certes, il n’y a plus de censure comme à cette époque, avec saisie des journaux. La normalisation de l’information passe surtout par le marketing, la pression économique et le politiquement correct. Cela coûte son indépendance sinon au journalisme pour le moins aux journaux. Donc, Global ouvre une fenêtre pour donner de l’air aux confrères et publier leurs articles non parus.

Que peut-on lire dans Globalmagazine ?

Pleins d’informations ! Et quatre grands rendez-vous : un dossier qui peut concerner n’importe quel sujet dans n’importe quel domaine, mais qui exige de la place pour en éclairer la complexité : par exemple le bilan du Grenelle de l’environnement. Le second rendez-vous mensuel est géopolitique : chaque mois on décortique une situation internationale qui nous semble le mériter ; ce peut être très ancré dans la géographie comme les projets de doublement du canal de Panama ou plus globalisé comme la carte mondiale que nous avons dressé et commenté du mouvement des indignés. Le troisième grand rendez-vous est avec le photojournalisme. Un portfolio sur un sujet donné, commenté par son auteur. Enfin, il y a l’espace ouvert à la réflexion sur la nécessaire mutation de la société, sur la rupture de civilisation en cours. Je complèterai rapidement en disant qu’il y a plein d’autres choses dont on sait déjà qu’elles plaisent beaucoup, comme la Minute de botanique, les Carnets de route de la rédaction, les dessins car l’humour et le mauvais esprit nous semblent indispensables. On aime bien le concept de rire de résistance.

Le magazine est-il interactif, les internautes peuvent-ils réagir aux articles comme sur les sites des autres médias ?

Oui et non. Créateur de la slow-info, Global revendique de prendre son temps. Nous ne voulons pas d’interactivité électronique immédiate. Très majoritairement, le type de commentaires qu’elle suscite sont à classer dans les réactions épidermiques, les monologues idéologiques ou les « moi, je et le monde ». Sans parler des propos qui relèvent de l’égout. Nous proposons donc de s’en tenir à la bonne vieille méthode du courrier des lecteurs. La seconde façon d’intervenir dans le contenu du journal est l’agora des abonnés : elle fonctionne en direct, comme un chat ou un mur, avec plusieurs rubriques. C’est un lieu de partage d’infos, de petites annonces, de conseils pratiques etc…

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Gilles Luneau (à gauche) et Carlo Petrini, fondateur du mouvement “Slow food” lors d’un échange public au salon Eurogusto à Tours le 18 novembre 2011 (photo : F. Mons)

Vous parlez d’abonnés, c’est votre mode de financement ?

Oui, mais sur un mode singulier. Le modèle économique de Global est original et pionnier en France. Pour sortir des pressions économiques, pour en finir avec l’information-marchandise, nous construisons une fondation. Une véritable organisation non commerciale de l’information. A l’inverse d’aujourd’hui, avec une fondation, donc détachée du profit immédiat, la recherche et la production d’information ne sont pas tributaires de la masse d’argent qu’elle peuvent rapporter (en vente, en publicité). On peut sans compter déplaire à tout le monde.

Vous avez donc réuni un capital…

Nous avons démarré Global sans aucun argent. Rien d’autre que ce que la trentaine de personnes mobilisées par l’aventure sacrifie pour travailler en payant de sa poche. Nous faisons le pari d’avoir suffisamment d’abonnés, pour petit à petit nous rétribuer. Nous innovons aussi dans l’option d’un abonnement relativement bon marché et définitif : pour 80 euros vous êtes abonnés définitivement. Cet argent va pour 90% constituer le capital de la fondation, les 10% restant allant au fonctionnement. Et comme toute fondation, nous allons chercher des dons, des legs. Abonnements et dons (déductibles des impôts sur le revenu).

Certes votre modèle est original mais vous rompez la culture de gratuité de l’internet ?

Oui, sans état d’âme car qui peut prétendre être informé sans payer des journalistes pour aller voir ce qui se passe quelque part, pour fouiner, enquêter, douter, vérifier des faits ? Un moment ou un autre, il faut quand même réaliser que ce qui est gratuit ne l’a pas été pour tout le monde, ou bien on vous le fait payer autrement ou bien, et c’est là le pire, vous n’avez pas accès à toutes les autres informations importantes. L’information gratuite, c’est vrai pour le web comme pour le papier, vous fait vivre dans un monde choisi par l’éditeur du média sur des critères économiques. A terme, vous pouvez vivre alors dans un monde en toc sans soupçonner l’existence du réel.

Avez-vous défini le profil de votre lectorat ?

C’est toujours difficile à cerner. Mais comme tout journaliste, en écrivant on pense au lecteur. Nous l’imaginons citoyenne, citoyen. Engagé dans la vie sociale, associative, syndicale. Consommatrice, consommateur de l’information de surface (radio, quotidiens) cherchant un média qui met en perspective, qui relie les faits devant l’être, qui questionne le monde. Quelqu’un ou quelqu’une qui apprécie d’être bousculé par une information dans son savoir, ses croyances, ses idées. Ce peut être aussi une personne professionnellement très investie et qui veut un média de référence où elle va trouver ce qu’il faut savoir sur des sujets essentiels. C’est le rôle de nos archives, accessibles aux abonnés. On imagine donc le lectorat un peu à l’image de l’équipe du journal : à partir de 21 ans, sans limite d’âge, tous furieusement curieux et aimant plus que tout être surpris, voire dérangés, par la réalité des hommes.

Parlez-nous un peu de l’équipe de Globalmagazine ?

Elle est superbe ! Elle réunit des personnes de tous âges venant de la presse écrite et audiovisuelle. Journalistes, photographes, vidéastes, dessinateurs, cartographes, documentalistes, secrétaire de rédaction … Pour partie des pigistes, pour partie des salariés dans d’autres médias. Nous avons un Comité de veille dont sont déjà membres, Miguel Benasayag, Rony Brauman, Geneviève Fraisse, Merri Jolivet, Véronique Nahoum-Grappe, Carlo Petrini, Jean-Claude Vernier, Sophie Wahnich. Il a un rôle d’alerte sur des sujets, sur des questions philosophiques et morales. Chacun de ses membres participe à son gré, à son rythme, à la vie intellectuelle du journal.

Quel a été votre parcours personnel ?

J’ai débuté dans le métier en 1970, avec l’équipe qui a créé l’hebdomadaire J’accuse. Au comité de rédaction, il y avait Michel Foucault, Jean-Paul Sartre, Michel Lebris, Christian Jambet, Benny Levy, Jean Rolin, Jean-Claude Milner, Blandine Jeanson, Jean-Luc Godart, Jacques-Alain Miller, André Glucksmann, Francis Bueb, Robert Linhart … je me faisais tout petit et j’écoutais. Puis, j’ai participé à la naissance de l’Agence de presse Libération, sous les conseils éclairés de Maurice Clavel et Jean-Claude Vernier. Après, j’ai mené une carrière d’indépendant, d’abord comme reporter photographe puis comme grand reporter. Parfois en faisant les deux, ce qui n’est pas toujours bien vu en France. J’ai déposé mes photos à Gamma, Sygma, Cedri puis à l’agence VU. A l’écrit, j’ai collaboré avec nombre de grands titres de la presse française – Libération, le Canard enchainé, l’Express, L’Evènement du jeudi, Marianne, Challenges, VSD, Paris-Match, Ca m’intéresse, 60 millions de consommateurs – suivi par une longue collaboration avec le Nouvel Observateur et Géo. Passée une période de correspondant de guerre (Afghanistan, Liban), j’ai plus particulièrement suivi trois domaines: l’Amérique latine, le monde chiite, notamment iranien, et la problématique des relations homme-nature, de l’agriculture à la prise en compte des questions écologiques. Parallèlement, j’ai commis quelques livres et des documentaires.

6 février 2012

Des tourangeaux qui ont fait du chemin

Achram, sans papiers : “Ne nous oubliez pas…”

par Mélina Lhermite

Archam* est arrivé en France au début de l’année 2009 avec sa femme et ses deux petites filles laissant derrière lui toute sa famille et son pays d’origine : l’Arménie. Aujourd’hui toujours en attente de sa carte de séjour, il habite dans l’agglomération tourangelle avec l’espoir d’un jour devenir français et rendre à cette terre d’accueil tout ce qu’elle lui a donné.
*Le prénom a été modifié.

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Carte de l’Arménie. Source : Wikipédia.


De quelle manière êtes-vous arrivé à Tours ?

Avant de partir d’Arménie, j’ai demandé le visa pour circuler dans l’espace Schengen en Lituanie. Avec ma femme et mes deux filles, nous sommes entrés légalement en France le 3 janvier 2009. Arrivés à Paris, nous avons été pris en charge par la Coordination d’Accueil des Familles Demandeurs d’Asile (CAFDA) qui nous a trouvé deux petites chambres.

Pourquoi avez-vous quitté l’Arménie ?

Nous étions heureux la-bas. Avec mon grand frère, nous avions une entreprise de production d’alcool. Nous avions une belle maison, une belle voiture et une belle vie. Mais je n’étais pas d’accord avec certaines manœuvres du gouvernement et de la mafia. On se faisait raquetter. Après avoir donné environ 20 % de notre salaire pour les taxes comme en France, l’état et la mafia nous prenait presque la moitié de notre salaire. En Arménie, la police, le gouvernement et les élus sont supérieurs aux citoyens alors qu’en France tout le monde est à égalité. En France, le patron salue ses employés ! Pas en Arménie.

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Carte de la diaspora arménienne. Source : Wikipédia.

Comment se sont passés vos premiers mois en France ?

Quatorze mois après notre arrivée, le secours catholique nous donnait environ 38 euros par mois. L’assistante sociale de la CAFDA a réussi à nous obtenir 150 euros par enfant et par mois pour l’école versés par la mairie. On mangeait du pain, des conserves des Restos du cœur … Mais les enfants n’avaient pas de bonbons, ni de gâteaux.

Racontez-nous votre quotidien aujourd’hui.

Depuis que nous sommes en France, nous n’avons plus rien. Je suis venu ici pour vivre bien et pour être protégé. Mais pour l’instant sans carte de séjour, nous n’avons pas beaucoup de droit. Nous ne pouvons pas acheter une maison. Aujourd’hui, j’ai un livret A mais je n’ai pas le droit à plus. Je n’ai pas de carte bleue ! On ne veut pas que les français payent pour nous. Je veux travailler pour pouvoir payer à mon tour.

Comment se passent les démarches pour obtenir vos papiers ?

Treize mois après notre arrivée, la préfecture nous a donné le récépissé de la carte de séjour c’est-à-dire un papier permettant de résider en France pendant l’étude du dossier de demande de carte de séjour. L’année dernière nous avons reçu une réponse négative de la Cours Nationale du Droit d’Asile. Nous avons alors fait appel à l’assistante sociale pour refaire une demande et obtenir notre carte de séjour (à renouveler tous les dix ans). Cela nous permettrait de rester plus longtemps et de nous intégrer encore plus.

Qu’attendez-vous de l’avenir ?

Je voudrais que la préfecture ou le gouvernement nous donnent nos cartes de séjour pour vivre en France et être français. Chaque personne naît libre, peut choisir sa religion et son lieu de vie. La France a beaucoup aidé l’Arménie en 1988 lorsqu’il y a eu un séisme. Et je la remercie ! Aujourd’hui, ne nous oubliez pas… Je veux vivre pour la France, être patriote et la servir. J’ai toujours considéré la France comme un pays démocratique où les droits de l’Homme sont très respectés. Il y a des pays comme la Pologne et la Russie où le racisme existe depuis longtemps. Pas en France. La France a aussi une grande histoire et des valeurs. Les français sont gentils avec les gens. Nous, nous sommes très bien intégrés.

Qu’aimez-vous particulièrement à Tours ?

Après Paris, Tours est la première ville dans laquelle nous habitons. Nous y sommes depuis le 9 septembre 2010. Je pense que si on vit dans une ville, on doit l’aimer et la respecter. Et puis nous avons déjà visité plusieurs musées et quelques châteaux de la Loire. Les enfants ont beaucoup aimé.

Vous êtes régulièrement confrontés à la police, qu’en pensez-vous ?

C’est normal, ils font respecter la loi, c’est leur travail. Par contre, je n’approuve pas le fait qu’ils rentrent chez les gens sans frapper. Ils prennent les clés des femmes de ménage et s’introduisent dans les appartements sans y être autorisés. Un matin, nous étions couchés et ils sont entrés. Nous avons eu peur.

Quelles actions menez-vous pour lutter contre ça ?

Nous cherchons aussi des solutions pour les demandeurs d’asiles et pour essayer de limiter les problèmes avec la police lors de rassemblements. Faire des manifestations nous met aussi en danger. Les policiers repèrent les visages et si un jour on a besoin, ils nous reconnaissent. Mais nous sommes conscients que tout le monde ne peut pas obtenir ses papiers. Rien n’est vraiment possible à notre échelle, des associations comme la Croix Rouge devraient demander une loi. Nous sommes pour la loi, pas contre.

Qu’est-ce qui vous manque le plus d’Arménie ?

Nos proches. Nous avons laissé nos parents, nos frères et sœurs la bas. En France, nous n’avons pas d’autres membres de la famille.

Si vous deviez retourner dans votre pays d’origine, que se passerait-il ?

Si c’était le cas, ce ne serait pas juste pour nos enfants. Ils parlent français mais pas arménien. Ils iraient dans les classes les plus faibles alors qu’ici ils ont un bon niveau. Cela fait trois ans que nous n’avons reçu aucune réponse. Si on ne nous permet pas de rester en France, il fallait nous le dire dès le départ. Maintenant que nous sommes intégrés, ce serait injuste de nous demander de partir. Certains n’ont pas de réponse depuis 5 ans, ce n’est pas logique. Nous renvoyer là-bas maintenant briserait nos vies. Certains jeunes terminent le lycée mais dès qu’ils cherchent du travail, les patrons exigent qu’ils aient une carte de séjour. Ils se retrouvent alors dans une impasse.

Quelle est la première chose que vous ferez si vous obtenez vos papiers ?

Acheter une maison ! Je voudrais trouver un logement à côté de mon travail. Et puis j’aimerai voyager et découvrir davantage la France. Ma femme était enseignante en Arménie. Si elle avait ses papiers, elle pourrait prendre des cours de français et retrouver du travail. Nous vivrons ici en respectant la loi et en aidant les gens dans le besoin. On veut être heureux ! Je veux un bel avenir pour mes enfants.

6 février 2012

Un film-Souffle

Par Dominique

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Il me sera difficile d’être objectif à propos de ce film tant l’émotion de revivre les événements imprègne (voire altère) le regard.
Car ce film donne à voir, plus qu’à démontrer, l’enchainement des faits connus et trop souvent inconnus qui marqueront à jamais une page glorieuse de la résistance civile face à l’Etat. Comment des paysans, largement soutenus par une faune « indescriptible », ont su résister à l’extension d’un camp militaire, dans une zone considérée comme désertique ?
Encore aujourd’hui, ces lieux sont souvent regardés avec condescendance : un tas de cailloux perchés dans la montagne froide, un « causse », le mot lui-même est devenu péjoratif, un synonyme de sauvagerie. Testez autour de vous, même dans le petit monde alternatif.
Et pourtant cette résistance acharnée (11 ans quand même) d’une bande de va-nu-pieds, va défrayer la chronique.
Considérée dans un premier temps comme une simple jacquerie de paysans expulsés, spoliés de leurs mauvaises terres, par des médias, très sommaire voix de son maître, l’Etat, présentaient la chose comme un fait divers, un cloche merle de la France profonde.
Mais l’époque est aussi celle de « l’an 01 », celle des trublions de 68, celle où une large part de la société aspirait à reconsidérer la « chose publique », « Res publica ». Aussi, ces soixante-huitards, trouvèrent là-haut, un nouveau terrain d’expressions diverses mais aussi une bonne façon d’exercer les palabres du Quartier latin.
Et le plus surprenant c’est que la sauce prit entre paysans et chevelus, entre travailleurs et étudiants, entre ruraux et urbains ! Et dura tout ce temps, jusqu’en 81, où pour des raisons électoralistes, le projet d’extension fut abandonné.
Il faut certainement aller voir ce film autrement que comme un témoignage. Certes il relate des faits. Mais il est aussi une belle leçon pour notre époque où les résistances sont souvent contraintes par nos égoïsmes individuels et collectifs, nos petits prés carrés… Il peut aussi aider à comprendre une époque, permettre aux « jeunes d’aujourd’hui » de mieux saisir la jeunesse des années soixante, ses motivations et raisons d’être.
Je rajouterai seulement qu’il faut y aller sur le causse. Non en pèlerinage, car le « Larzac » doit être dans notre tête, mais parce qu’il s’y passe toujours des choses surprenantes, encore aujourd’hui. Lieux de formation et de méditation à la résistance active, fermes accueillantes où il n’y a pas que le roquefort qui sent bon, un territoire vivant d’un autre souffle.

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6 février 2012

Rencontre

Gravure, Souffle-moi tes secrets…

Par Emilie Veyssié.

Souffle est parti à la découverte de la gravure grâce à Philippe Dessein. Artiste chaleureux, il aime le travail bien fait et parler de sa passion.

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Philippe Dessein a enseigné l’art plastique au CFA de Tours pendant dix ans. Malgré une longue pratique, il considère que son apprentissage n’est jamais vraiment fini alors il prend des cours à l’atelier “La cage d’Escalier”. Mais c’est dans son atelier de Sainte-Radegonde que nous l’avons rencontré.

Le site de Philippe Dessein : http://lyeuxcommuns.ek.la/
Le site de “La Cage d’Escalier” : http://www.lacagedescalier.org/